Instapocrisy

Le 28 octobre 2015 (et oui, trois ans déjà), j’écrivais un article intitulé « La blogueuse en carton », article au sein duquel je m’insurgeais déjà contre les pratiques de certaines « blogueuses » de l’instagram.

Mon ton était alors humoristique, un brin narquois.

Aujourd’hui, je suis si fatiguée des dérives que je perçois chaque jour que j’ai décidé de creuser un peu plus le sujet, parce moi aussi, -sans pour autant m’en vanter dans ma bio comme certaines-, voilà quelques années que j’évolue dans l’instagram, les réseaux sociaux et je peux donc émettre un avis sur les pratiques de certain(e)s et dénoncer des comportements grotesques voir outranciers.

Quand Instagram n’était qu’une application

Cela va peut être vous paraitre bizarre, mais Instagram n’est pas une « vieille » application. 10 ans tout au plus, et surtout une sortie à une époque où tout le monde ne campait pas encore devant le magasin Apple du quartier pour être sur d’avoir le dernier iPhone (l’application n’existait que sur iPhone).

A cette époque d’ailleurs, je commençais à travailler en cabinet d’avocat et tout le monde ne jurait QUE par les Blackberry.

Je crois que j’ai du m’y mettre environ deux ans après sa sortie, mais en simple dilettante, aucune notion de photo alors (autre que personnelle), aucun intérêt même à partager trop d’éléments de vie privée sur internet non plus; je ne m’y mettrais réellement qu’un an plus tard, pour finalement commencer à réunir une communauté avec la naissance des jumeaux et le partage d’éléments autour de l’éducation, la pédagogie.

Comme je continuais par ailleurs toujours mon blog, mon intérêt du contenu visuel grandissant, mes publications Instagram deviendront de plus en plus travaillées, visuellement mais également dans leur globalité, pour répondre à une « sorte » de « direction artistique », c’est à dire une continuité et une régularité dans les publications afin de faire sens pour mes lecteurs, et attirer des followers pour ma communauté.

A l’époque, les comptes professionnalisés n’étaient pas légions et surtout, les néophytes comme nous (bien entendu que je me compte dedans!) n’avaient aucune notion en termes d’algorithme, d’importance du like ou du commentaire. En ce qui me concerne, je mettais un point d’honneur à répondre au moindre commentaire qu’une personne avait bien voulu prendre le temps de me laisser, et j’étais contente d’atteindre les 100 likes !

Alors oui, un certains nombre de « blogueuses » auto proclamées qui caracolent avec des centaines de milliers de followers aujourd’hui aiment à bien indiquer que cela fait des années qu’elles « bloguent ».

Sauf qu’en réalité elles ne bloguent pas, ou plus, voir elles n’ont jamais bloggé et de mon propre avis, blogger ou faire semblant de blogger pendant des années si ce que tu fais est nul ne t’octroie aucune légitimité ni place dans un « organigramme » des réseaux sociaux au sein duquel tu te placerais en tête.

La mort du blog

En réalité, Instagram a tué le blog. Le blog, blogger, tenir un blog, c’est une masse de travail, c’est réfléchir à des sujets, c’est travailler des idées, c’est prendre le temps de partager ses opinions, c’est prendre des risques aussi et je veux bien, en effet, publier de temps à autre du contenu consensualiste comme un test de produit (s’il est fait avec honnêteté), voir des sélections de produits ou encore un shooting photo.

Seulement voilà, aujourd’hui beaucoup de « blogueuses » ont basculé « instagrammeuses ». C’est tellement plus simple. Une photo qui prends peut être quelques minutes, -voir quelques heures pour les plus chevronnées-, à réaliser contre bien souvent plusieurs jours de travail pour une publication blog.

Les blogs d’aujourd’hui ne sont plus ceux dont vous partagiez les articles à vos amis ou collègues comme une bonne lecture, ils ne sont plus que des liens d’Instagram vers des sous liens cachés où si vous cliquez un pourcentage va dans le chiffre d’affaires de la société de la blogueuse. Ne parlons pas des bannières commerciales et encore moins des sacro saint codes promo.

Qu’est ce qu’un code promo d’ailleurs ? Rien de plus simple : une marque vous contacte, elle vous propose un produit en échange d’une publication avec un code promo pour votre « communauté » aka vous.

Beaucoup d’aspirants stars de l’Instagram y voient une reconnaissance de leurs « statut » (imaginaire), quand en réalité c’est la marque qui y trouve tout intérêt en atteignant pour un coût quasi nul une tranche consommatrice (encore vous) sans toucher à son budget publicitaire (quasiment).

Assommé(e) de consumérisme et complexé(e) par son train de vie, l’aspirant star de l’Instagram acceptera avec grand plaisir le produit, qu’il s’empressera de vous indiquer comme un « cadeau » de la marque.

Beaucoup d’ailleurs adorent vous montrer les « cadeaux » des marques qu’ils reçoivent par « milliers », n’ayant aucune gêne à vous faire vidéo sur vidéo en déballant les cartons.

Je sais que certains aiment ce genre de vidéo dites « haul », mais beaucoup n’apprécient pas et je le comprends. Personnellement je n’en fais jamais, et aussi parce que je ne reçois probablement pas autant de « cadeaux » que les autres.

Mais alors pourquoi me direz-vous ?

La commerciale de l’Instagram

Probablement parce que je ne suis pas commerciale.

Et oui, bien souvent (pour ne pas dire tout le temps), ceux ne sont pas les marques qui sollicitent les « bloggers » mais l’inverse. Surprise!

Et ils se livrent une lutte acharnée : ils regardent les marques dites « totem » du domaine, -par exemple en littérature jeunesse, toutes les éditions de livres pour enfants-, et n’hésitent pas à envoyer des emails aux services de communication de ces dernières afin de « gratter » un produit ou deux, voir une « collaboration », qui peut être un produit à vous faire gagner assorti d’une micro rémunération à la publication : la blogueuse va vendre à la marque son nombre de followers, de likes, de commentaires et désormais de vue par story, afin de fixer un prix. En bref elle vend votre présence, elle VOUS vend.

C’est la raison pour laquelle vous verrez certains produits en story, une ou plusieurs fois, comme certains sur le feed, comme certains sur les deux, voir sur le blog, voir sur une vidéo. Les packaging sont différents et les prix aussi du coup.

Et c’est ainsi que les « blogueuses » vous expliquent que si elles font des « posts sponsorisés » ce « n’est pas de leur faute », c’est leur « travail ».

Instagram n’est pas un travail

Non. Instagram est une application et certains utilisateurs sur la base de leurs nombres d’abonnés monétisent (ou tentent de monétiser) leurs contenus afin d’en dégager une rémunération.

Il s’auto proclament « créateur de contenu », n’hésitent pas à citer les marques de leurs appareils photos professionnels et des applications photos qu’ils utilisent, voir même désormais à vendre les modes d’éditions de leurs photos (les presets), alors même qu’ils n’ont absolument aucun diplômes ni aucune expérience en marketing digital.

Certaines blogueuses, qui se considèrent comme « dominantes » sur le marché français (aka celles qui disent être là depuis « le début ») ont même monté leurs propres agences de communication et d’évènementiel, voir « d’agents d’influenceurs ».

Il va sans dire que pour certains, à partir d’un certain nombre (important) d’abonnés, les sollicitations sont directes sans même avoir à les chercher.

Mais pour les trois quarts ce n’est ni plus ni moins que du forcing, et çà commence à déborder.

D’ailleurs, je déteste ce mot « influenceur ». Je n’influence personne. Au mieux vous me suivez parce que vous aimez mon contenu, au pire vous passez par là un peu par hasard.

Mais alors vous allez me dire « y’a pas besoin de diplômes Liza ». Et bien pour moi à minima si. Je ne dis pas, certains ont vraiment un talent inné pour la photo, une passion pour un domaine, un talent pour les mots, et c’est bien simple ces derniers n’ont pas besoin de faire des pieds et des mains pour voir leurs communautés s’agrandir (et les marques accourir); mais alors les autres, je suis désolée mais c’est comme si demain chaque personne dans la rue s’improvisait avocat.

Si véritablement des carrières et des chiffres d’affaires doivent émerger de ce milieu, commençons par respecter à minima les métiers du digital avant de prétendre y faire carrière.

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle je rie souvent en lisant « personnalité publique » sur les pages Instagram, ou même « blogger », alors que le feed se résume à des sponsorings, des codes promos ou toujours les mêmes photos qui d’ailleurs sont très souvent pour les comptes français les copie conformes de comptes américains.

Enfer et monétisation

Mon but n’étant pas la délation je ne vous donnerez aucun nom mais je peux vous conseiller de remonter les feeds de vos bloggers « préférés », vous constaterez à quel point on se moque de vous, à quel point les mêmes photos et les mêmes contenus sont reproduits d’années en années, lorsqu’ils ne sont pas « volés » à d’autres comptes plus petits mais bien plus créatifs, parce que c’est ce pour quoi au départ certains viennent sur Instagram mais qui se perd : créer et partager.

Supermarketing digital

Donc vous l’avez compris, vous êtes au coeur d’un vaste jeu de dupe et, vous êtes une monnaie d’échange(s).

Vous allez me dire mais alors, toi? Moi, je suis comme beaucoup de créatifs, je me considère comme une artiste, au jour d’aujourd’hui, mon travail ne me rapporte rien de plus que le plaisir de créer, créer des images, raconter des histoires et partager certaines choses avec vous.

Est-ce que si demain on me propose des posts sponsorisés je cours et j’accourt ?

Il se trouve que cela a déjà et c’est toujours le cas.

Attention, je ne vous ferai pas le coup de la photo du Mac en boomerang story avec la légende « work work work », en mentant sur les 357 mails quotidiens auxquels j’ai soi disant à répondre comme le font (trop) certaines.

Je reçois çà et là des propositions que je décline les trois quarts du temps, non pas parce que je joue à la « star » de l’Instagram que je ne suis pas, mais tout simplement parce les posts pour du café ou des produits qui ne me parlent pas ou qui ne correspondent pas à l’idée de ce que je me fais de mes partages, et bien je dis non.

J’ai également été invitée à participer à des évènements organisés autour de marques à découvrir pour vous faire découvrir, c’est la plupart du temps très agréable (avec les organisateurs, pas les autres bloggers, très peu aimables pour la plupart) et vous repartez avec des produits de la marque organisatrice si vous le souhaitez.

Les partages sur la journée, votre avis sur les produits présentés vous appartiennent, m’appartiennent en tout cas en ce qui me concerne, et je ne partage que ce qui une fois encore correspond à mes choix de consommatrice, et je fais le choix (ou non) de vous en parler pour celles et ceux qui me suivent.

Pour en revenir à vous, le coeur de cible de ces réseaux sociaux, vous savez désormais que les « blogueuses » trichent pour beaucoup, copient sans vergogne, et n’ont quasiment toutes que l’intérêt de faire « carrière » ou plutôt de générer un chiffre d’affaires, mais parfois, le nombre n’y est pas.

Vient alors l’autre étape de l’achat de followers, même au début quelque fois, pour grossir un compte, car il est statistiquement établi que le follower a tendance à suivre les comptes au nombre certain.

Pour autant certains comptes caracolent à plusieurs centaines de milliers de followers mais ne dépassent pas les 1000 likes et les 100 commentaires.

Et c’est là que les « ennuis » commencent, mais également « la riposte ».

Car en effet, les comptes à plusieurs centaines de milliers de followers, -qui ne sont pas légions sur le « marché » du blogging français-, ne sont pas près à se laisser manger des parts d’un gâteau qu’ils doivent déjà partager…

Alors, il y a quelque temps de cela, l’un deux a décider de faire une vidéo « choc », une vidéo qui analysait les comptes Instagram au choix, mettant en lumière la « composition » des abonnés des comptes de ceux-ci.

Largement partagé par ce cercle très fermé qui mange du gâteau, à grand renfort de gros mots : ces « fakes » « influenceurs », ils ont soi disant souhaité « alerter les marques », BREF : protéger leurs pré carré.

Alors oui on a pu voir via cette application (car le mangeur blogger de gâteau octroyait des codes promos hein quand même faire une vidéo c’est de la création de contenu vous avez retenu? :)), des choses que l’on savait déjà (enfin moi) et que je vous partage :

Oui il existe des agences de bloggers qui négocient pour eux des contrats avec des marques avec un système de commission et toujours sur la base de leurs abonnés (et de la manière dont ces abonnés se comportent sur ses publications aka commenter);

Oui nombreux sont les bloggers actuels qui ont acheté des followers;

Oui certaines personnes lambdas qui se lancent dans l’aventure afin de « mettre du beurre dans les épinards » passent par l’achat de followers et font comme si ce n’était pas le cas si on les grille (ou comme si c’était « quelqu’un » d’autre qui les leurs avaient acheté -ha-);

Oui lorsque vous voyez les mêmes produits chez plusieurs bloggers c’est parce que l’agence de communication les a choisis pour en parler et ce choix n’a rien à voir avec le contenu de leurs comptes mais juste leurs nombres d’abonnés, de likes et de commentaires.

Oui il existe des groupes de personnes qui ont des comptes Instagram sur Facebook ou en message privé sur Instagram qui forment des groupes pour échanger des commentaires et des likes;

Oui il existe un algorithme sur Instagram mais NON ABSOLUMENT NON l’algorithme ne « cache » ni les publications, ni ne bloque le nombre de followers comme j’ai pu le lire chez des bloggers à plus de 40K voir 100K.

L’algorithme est un système informatique qui favorise par définition au hasard des calculs certaines publications plus que d’autres et oui les « bloggers » que vous voyez aujourd’hui au delà des 100K ou des 50K en ont profité à l’époque ou l’application avait moins de succès, tout simplement.

Le soucis de ces bloggers est que désormais la connaissance et l’utilisation des ces techniques de marketing digital s’est largement démocratisée, ce qui réduit à peau de chagrin leurs portefeuilles de clientèle et donc leurs chiffres d’affaires, d’autant qu’ils / elles sont écrasés par des Youtubeurs(e) aux milliers d’abonnés qui amènent leurs communautés sur l’Instagram et s’installent directement dans les sphères des centaines de milliers de followers, pour ne pas parler des équipes salariales soudées estampillées télé réalité, qui même s’ils veulent se donner une instacrédibilité de créateur de contenu ne sont là que pour faire fructifier le système qui les rémunère à hauteur du train de vie qu’ils ont « rêvé » avant d’y entrer, dans cette télé réalité.

Et c’est pourquoi il y a tant d’hypocrisie et tant de haine, car ces chefs d’entreprises forcés deviennent hargneux envers ceux qui leur retirent le pain de la bouche car la soupe est trop bonne est que la mouillette s’est transformée en croutons.

Fausses copines vraies ennemies

Pour finir et parce qu’il faut bien le dire, on se plaint souvent des « haters » mais la blogueuse en est une elle même.

Elle vous remercie d’être là, souvent, certaines sont sincères, vraiment, mais tant aimerez vous dire merde, malheureusement.

Du coup, parfois, sur des commentaires banals en contradiction avec un contenu ou des mots convenus, la « bloggeuse » vous tombe dessus, puis elle vous laisse en pâture à ses vrais fans, parce que quand même, elle a « mieux » à faire : répondre à de faux emails de « boulot » pour aller à des vains rendez vous pros qui ne rapportent pas plus que le tag d’un « cadeau ».

J’espère que ces quelques lignes sauront vous faire réagir et suivre celles et ceux qui partagent et travaillent avec honnêteté, par passion et non par raison, par goût et pas que pour les sous.

Liza

3 commentaires

  1. Pauline ♡

    Coucou, ton article est super intéressant. Je ne vais répondre que sur un point (parce que c’est celui qui m’intéressait vraiment haha), c’est vrai qu’instagram est devenu une application où beaucoup en profitent pour se faire de l’argent et pour rechercher un petit peu de reconnaissance. C’est vrai qu’Instagram est plus facile à utiliser parce qu’il suffit de partager une photo pour délivrer un message. Personnellement, j’aime tellement prendre du temps à pianoter sur mon clavier et de voir le résultat de plusieurs heures d’écriture. J’aime partager des photos sur Instagram, mais je ne trouve pas ça gratifiant (c’est trop facile finalement). Donc voilà, c’est dommage que les personnes ne partagent plus juste pour le plaisir et qu’elles ont d’office besoin de « recevoir » quelque chose en contrepartie de leur travail. Personnellement, j’ai de la chance (j’estime avoir de la chance), je suis étudiante et mon blog est un plaisir… juste un plaisir. Et ça me permet de profiter à 200% de l’aventure sans penser stratégie ou autre. Voilà, j’avais juste envie de t’écrire pour te dire qu’il existe encore des personnes qui bloguent pour le plaisir 😊 Bonne journée à toi !

    Aimé par 1 personne

    1. Liza Perry

      Coucou Pauline! Merci beaucoup pour ton commentaire, çà me fait vraiment plaisir de voir qu’il existe encore des gens pour apprécier le vrai travail de l’écrit et surtout prendre du plaisir à utiliser les réseaux sociaux, sans penser stratégie ou autre comme tu dis! A bientôt j’espère, bonne soirée, Liza ❤

      Aimé par 1 personne

      1. Pauline ♡

        Hello Liza, oui je pense qu’il est important de « se battre » pour montrer que tenir un blog ou gérer des réseaux sociaux, ça doit tout d’abord être un plaisir. Je peux comprendre que cela puisse devenir un métier et qu’il y a donc plus de choses à gérer et à prouver… Mais cela ne sert à rien de tricher, de mentir, etc. Merci à toi d’avoir écrit cet article ♡ A bientôt je l’espère aussi. Belle soirée à toi, Pauline !

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